Les cours du pétrole ont dépassé dans la semaine les 90$ pour un baril de brut, et sont en ce moment même en train de faire un saut aux alentours des 92$. En même temps, on a l'impression que les records sont battus chaque semaines et leur proclamation "litanique" est limite fatiguante. Cela fait pratiquement 5 ans que cette hausse dure, et elle ne s'arretera pas là.
Evolution jusqu'aujourd'hui
Les chocs pétroliers des années 1970 avaient mené le cours du baril à environ 100$ d'aujourd'hui, et on arrive à ce vrai record (ce n'est qu'en dollar nominal qu'on bat les records), mais pas du tout pour les mêmes raisons. A l'époque des chocs pétroliers, c'était des décisions politiques, des évènements imprévisibles qui avaient fait exploser les prix. En 1973, les pays de l'OPEP avaient décidé de ne plus fournir de pétrole aux pays ayant soutenu Israël pendant la guerre du Kippour, et en 1979 et 1980, c'est la révolution iranienne et la guerre Iran-Iraq qui stoppèrent net la production iranienne, à chaque fois avec les résultats que l'on sait.
Mais aujourd'hui, la production mondiale tourne à plein régime et c'est simplement l'offre et la demande qui font grimper les prix. C'est pour cela que l'augmentation actuelle est vouée à encore s'accentuer : la consommation mondiale augmente rapidement, poussée entre autre par une demande en explosion en Chine, où le marché de l'automobile croit vite. Parallèlement, les pays producteurs de pétrole sont à la limite de leur capacité de production et n'ont aucune marge de maneuvre.
Tout le monde est en tout cas d'accord sur une chose : il va y avoir un pic de production de pétrole, de la même façon qu'il y en a déjà eu un, à une autre échelle, aux Etats-Unis, ou la production a atteint son maximum dans les années 1970. Le désaccord se situe sur le timing, et les estimations varient d'un pic dans 30 ans à un pic déjà passé. Et plus cela arrive tôt, plus on risque une récession globale, de toute l'économie mondiale.
Perspectives
Je n'aime pas trop le catastrophisme et de manière générale je pense que les tenants des positions extrêmes se trompent. En l'occurence je ne crois pas du tout à un retour à l'age de pierre comme certains le prédisent. Mais je ne crois pas non plus à ceux qui annoncent que rien ne va changer, que l'on trouvera le moment venu des solutions que l'on cherche déjà assez pour un pic de production qui n'arrivera que dans 30 ans.
Il n'est pas trop tard, ni trop tôt d'ailleurs, pour adopter un plan réel de transition d'une économie basée sur le pétrole à une économie basée sur des énergie renouvelable. J'en parlerai en détail dans un prochain post, mais je pense que le seul moyen d'arriver à une transition réussie de ce type est de reposer en grande partie sur l'énergie nucléaire pendant qu'on met au point des solutions complètes, renouvelables et réalistes, et de remplacer ensuite progressivement le nucléaire. La France est sur ce point tout à fait exemplaire de ce qu'il faut faire, et parmi tout ce qui ne va pas en France, c'est une des meilleures choses qui soit, et certainement pas des moins importantes.
Le bon plan
En effet, ce type de système est très avantageux : des trois gros secteurs de dépenses énergétique que sont les transports, l'industrie et le domestique, on n'a pratiquement aucune dépendance énergétique dans les deux derniers. De plus, cela entraine une très grosse diminution d les émissions de gaz à effet de serre (la France est le pus petit émetteur per capita des pays développés, plus de 3 fois meilleurs que les USA, qui sont les pires). Evidemment, si on a des masses d'eau on doit utiliser pleinement ce potentiel (ce que fait également la France par ailleurs), mais à moins d'être le Canada, ça ne va pas suffire...
Parallèlement à cette "nucléarisation" temporaire, il faudrait allouer d'importants crédits de recherche au développement de batteries, super-condensateurs, et généralement tout ce qui permettrait d'affranchir le secteur du transport de la dépendance au pétrole au travers de véhicules électriques. Une fois qu'on se débarasse de la dépendance au pétrole dans les transports, le pétrole ne servira que comme matière première pour fabriquer plastiques et autres dérivés, pour lesquels je n'ai aucun doute qu'on pourra les remplacer avantageusement par d'autres métériaux plus propres.
Le mauvais plan
Au contraire, la plus terrible chose à faire serait de continuer comme les USA le font actuellement. Comme pour tant d'autres questions, il est terriblement attristant de voir les Etats-Unis s'entêter dans des positions égoïstes, dirigées vers les avantages à court-terme, et préjudiciables pour l'ensemble de la planète. En plus de ça, les Etats-Unis sont indiscutablement la locomotive de l'économie mondiale, le chef de file d'un modèle qui s'impose partout, et on ne peut que souhaiter dans cette situation une exemplarité, un comportement responsable de leader, plein de maturité, au vu des conséquences sur le monde entier.
Ce modèle aboutira, en l'état, à un effondrement des économies, une récession globale. Il faut se rendre compte de la dépendance phénoménale des USA au pétrole : plus que tout autre pays, le mode de vie, le "mode d'économie" en dépend. Car le mode de vie américain, c'est toujours prendre sa voiture, sans limite, d'ou une infrastructure de transports en commun anémique et une dépendance massive à l'aviation, qui consomme encore plus et sera d'autant moins compétitive. C'est contracter des prêts plutôt qu'épargner, pour consommer plus qu'on ne peut se le permettre maintenant, mais juste ce qu'on pourra (peut être, si tout se passe bien) se permettre l'année prochaine. C'est que comme on n'épargne pas, on compte sur les placements en bourse pour sa retraite, en espérant que la bourse montera (ce qu'elle fait généralement, sur le long terme).
Et comme la manière de fonctionner de l'économie amériaine est associée au mode de vie, elle consiste à compter ne pas envisager autre chose qu'une croissance forte et des profits à chaque trimestre, poussés par la consommation. Du coup, une explosion des prix du pétrole rendrait inefficace l'infrastructure américaine basée sur le transport des marchandises par camions, réduirait le nombre de magasins ou restaurant 24h/24 (car l'électricité coûte alors plus cher), diminuerait les ventes en augmentant le coût du transport (par ailleurs haut du fait de véhicules gros et gourmands) et le coût des produits, abaissant par la même les profits et la croissance, ce qui diminuera à son tour les investissements sur lesquels comptaient les américains, qui ne pourront alors parfois plus rembourser leur prêts, etc. etc. etc.
On peut d'ailleurs lire sur Wikipedia, dans l'article sur l'augmentation des prix du pétrole:
Prior to the runup in fuel prices, many motorists opted for larger, less fuel-efficient sport utility vehicles and full-sized pickups in the United States, Canada and other countries. This trend is now reversing due to sustained high prices of fuel. [...]
For the working class (those who earn a living wage with no benefits), those who have older vehicles averaging less than 20 MPG usually face several alternatives - commuting via public transportation (bus, rapid transit or light rail), carpooling, motorcycling, scootering, bicycling or walking and/or relocation into the inner city if one resides in suburban/exurban areas. [...]
Many businesses are moving away from 24-hour operation (e.g. box stores like Wal-Mart, groceries, convenience stores, restaurants) since the higher prices discourage past lifestyle trends. Some restaurants close their doors at 9 or 11 p.m., and/or neighborhoods known for a 24 hour culture reduce their operating hours. Airlines, trucking and delivery-intensive service businesses (e.g., UPS, FedEx, flowers, gifts, etc.) are introducing fuel surcharges and/or scaling back their operations in an effort to trim spiraling fuel costs.
Ce serait une récession en bonne et due forme au bout du compte, en plus du fait qu'en attendant, l'environnement est largement endommagé par l'économie du pétrole. Peut être que certains américains pensent qu'ils pourront toujours brûler leurs
réserves monstrueuses de charbon, mais je ne suis pas très d'accord avec ça :P Je rigole mais cette question de l'économie concerne tout le monde, et de la voie que chaque pays va choisir, aujourd'hui et dans les quelques années à venir, dépend la santé de notre environnement et l'évolution de l'économie mondiale.
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